Averse noire

Mise en lecture pour la première fois par Geoffroy Guerrier

Interprété par Antoine Formica et Laurent Montel 

Théâtre de l'Usine

Averse Noire est une pièce hantée par la culpabilité des origines, hantée par le matricide nécessaire ou fantasmé, hantée par l’impossibilité de concevoir paisiblement le rapport père/fils, hantée par l’injustice comme constante universelle des sociétés humaines, hantée par le totalitarisme aveugle des états puissants, hantée par l’infinie capacité destructrice de l’être humain, hantée par l’inéluctabilité de la fin.

extrait :

 

ANTON

Damaïo fils, déjà réveillé ?

 

DAMAÏO

Tiens, tiens, Thanatos en personne.

 

ANTON

Sommeil comment, la nuit dernière, Damaïo James ?

 

DAMAÏO

Caressant. (Il ne quitte pas sa lecture.) Comme je les aime.

 

ANTON

Vous savez que…

 

DAMAÏO

Oui, oui. Je sais, ma grande nuit est arrivée.

 

ANTON

Pauvre fils. Quelle folie, ce meurtre. Toujours pas de regrets ?

 

DAMAÏO

Quoi, craignez-vous, Anton Mikhaïlovitch, mon père, que la terrible Lin-An vienne me hanter ? Je n’ai pourtant plus de chair à lui donner, à cette sauvage. (Il rit nerveusement ; ferme le livre en le claquant.)

Je suis nu comme un ver.

 

Anton sort une aiguille.

 

DAMAÏO

Encore une piqûre !

 

ANTON

Vous faites trop de cauchemars.

 

DAMAÏO

C’est ça. Allez, faites ce que vous avez à faire et que l’on n’en parle plus.

 

ANTON.

Tendez votre bras, Damaïo James. Fort, tendez-le fort.

 

DAMAÏO

Alors, vous ont-ils autorisé à rester jusqu'à mon dernier souffle ?

 

ANTON

Oui.

 

DAMAÏO

Vous m’en voyez ravi.

 

ANTON, tirant le bras de Damaïo.

Fort. Tendez-le bien fort. Damaïo fils, je ne comprends pas, pourtant vous connaissez les cadres du parti, leur générosité. Pourquoi leur avoir tout avoué avant la torture ? Vous auriez eu la perpétuité.

 

DAMAÏO

C’est de votre faute, Anton Mikhaïlovitch, mon père.

ANTON

De ma faute ?

 

DAMAÏO

Vous ne m’auriez pas éduqué comme un Occidental. Ah, quel gâchis ! Regardez-moi tous ces livres. Toutes ces connaissances que je n’ai pas encore acquises. Trop hâtifs qu’ils sont tous ces chiens à m’enfoncer un pic dans la tête.

 

ANTON

Damaïo fils, la rancœur n’est jamais bonne conseillère.

 

DAMAÏO

Puisqu’ils veulent une exécution exemplaire, eh bien, qu’ils l’aient. (Un temps.) Quel noir soudain, Anton Mikhaïlovitch, mon père.

 

ANTON

L’effet du somnifère.

 

DAMAÏO, s’assoupissant.

Il n’y a donc plus aucun espoir.

 

ANTON.

Dormez bien, Damaïo James, mon fils. Dormez bien.

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